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Un mois entier pour se remettre en mouvement : c’est la promesse de Septembre Bouge, le rendez-vous national que Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, a présenté le 7 juillet 2026. Le principe tient en une phrase : pendant tout le mois de septembre, villages sport-santé, initiations gratuites et portes ouvertes se succèdent partout en France pour convaincre les Français de bouger davantage. Le calendrier n’a rien d’un hasard, la rentrée étant la saison des licences et des bonnes résolutions.
L’opération s’inscrit dans une continuité assumée : héritage des Jeux de Paris 2024, Grande Cause nationale de la même année, puis Stratégie nationale sport-santé 2025-2030, dont elle est la mesure phare. Les campagnes se succèdent depuis dix ans et les courbes, elles, bougent peu. Un mois de mobilisation peut-il déplacer les habitudes d’un pays qui passe l’essentiel de sa journée assis ?
Ce que le ministère met sur la table
Le dispositif ne se limite pas à un slogan : il s’appuie sur un calendrier et des moyens identifiables, portés avec le ministère de la Santé. Quatre volets structurent cette première édition, du national au très local.
- une tournée nationale à travers 18 villes-étapes, de l’Hexagone aux Outre-mer, avec des villages sport-santé gratuits ;
- une carte interactive des événements, que clubs, collectivités et entreprises alimentent gratuitement ;
- la deuxième Fête du Sport, le 14 septembre, au Vieux-Port de Marseille, avec une invitation à bouger 30 minutes ;
- un parrainage confié à Marine Lorphelin, médecin et chroniqueuse santé, et Matthieu Lartot, journaliste sportif.
La liste des partenaires en dit long : l’Assurance Maladie, la Fédération française de cardiologie et la Ligue contre le cancer y côtoient Decathlon, Basic-Fit, Strava et Doctolib. Santé publique et marché du sport avancent main dans la main, ce qui donne au dispositif une force de frappe inhabituelle. Reste à savoir ce qu’elle peut déplacer.
La France bouge-t-elle vraiment si peu ?
Avant de juger un remède, encore faut-il mesurer le mal. Le Baromètre de Santé publique France 2021, publié au Bulletin épidémiologique hebdomadaire en juin 2024, offre la photographie la plus large disponible, avec 24 514 personnes interrogées dans l’Hexagone. Résultat, 72,9 % des hommes et 59,3 % des femmes atteignaient les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.
Ces chiffres sont moins alarmants que le discours ambiant. Trois hommes et quatre femmes sur dix restent malgré tout sous le seuil, et le renforcement musculaire, recommandé deux fois par semaine, n’est suivi que par 31,1 % des hommes et 20,2 % des femmes.
La sédentarité raconte une histoire nettement moins flatteuse. Plus d’un adulte sur cinq passe plus de sept heures par jour assis, et 39 % dépassent trois heures quotidiennes d’écran de loisirs. Sport et position assise ne se compensent pas terme à terme : le mécanisme de non-compensation est bien documenté, et une heure de course n’annule pas huit heures de chaise. Encore ces moyennes masquent-elles des écarts considérables.
Le vrai clivage se lit sur une carte
Le Baromètre a permis, pour la première fois, d’estimer ces prévalences région par région. L’écart dépasse quinze points entre les territoires les plus actifs et les moins actifs, ce qui déplace le débat : la géographie pèse autant que la volonté individuelle.
| Région | Hommes | Femmes |
|---|---|---|
| Bretagne | 78,9 % | 64,7 % |
| Occitanie | 77,2 % | 64,0 % |
| Hauts-de-France | 69,2 % | 54,8 % |
| Île-de-France | 67,7 % | 56,8 % |
La sédentarité suit la logique inverse : 31,5 % des Franciliens passent plus de sept heures assis, contre 14,3 % dans les régions les mieux placées. Les auteurs relient ces écarts au taux de chômage, au niveau de vie et à la densité d’équipements sportifs.
Le diplôme joue dans le même sens, un niveau inférieur au baccalauréat s’accompagnant d’une moindre probabilité d’atteindre les recommandations. L’activité physique reproduit les inégalités sociales plutôt qu’elle ne les efface, ce qui interroge l’efficacité d’un message adressé à tous de la même façon.
Ce que la recherche dit des grandes campagnes
La question a été étudiée sérieusement. Les revues systématiques consacrées aux campagnes médiatiques de promotion de l’activité physique convergent sur un point : elles réussissent mieux à faire connaître qu’à faire bouger. Notoriété et intention de pratiquer progressent de façon assez fiable. Le passage à l’acte, lui, résiste.
Une revue de revues en santé publique conclut que les preuves sont consistantes sur les résultats proximaux, et bien plus mitigées sur le comportement réel et durable. Ces campagnes semblent capables de faire marcher davantage, sans réduire le temps assis ni amener la population aux niveaux recommandés. Le constat le plus utile porte sur les conditions de réussite : isolée, une campagne produit peu ; adossée à une stratégie coordonnée, financée et suivie dans la durée, elle devient une pièce efficace.
Les auteurs du Bulletin épidémiologique hebdomadaire ne disaient pas autre chose de la Grande Cause nationale 2024 : selon eux, l’enjeu était d’inclure tous les territoires et de faire perdurer cet élan dans le temps. Deux ans plus tard, la question de la durée reste entière, et Septembre Bouge en hérite.
Bouger, oui, mais combien et comment
Derrière le slogan, les repères de l’Organisation mondiale de la santé sont précis et rarement rappelés : 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’intensité soutenue, plus deux séances de renforcement. La recommandation française y ajoute de se lever toutes les deux heures, et les ruptures de sédentarité au bureau forment l’un des rares indicateurs au vert : plus de neuf adultes sur dix déclarent la respecter.
En tant que médecin et sportive, je suis convaincue que l’activité physique est l’un des meilleurs outils de prévention pour notre santé. Bouger régulièrement permet de se sentir mieux physiquement et mentalement, de réduire le stress et de prévenir de nombreuses maladies.
Marine Lorphelin, médecin et chroniqueuse santé, marraine de Septembre Bouge, dans le communiqué du ministère des Sports du 7 juillet 2026
Ce cadrage sans recherche de performance est sans doute ce que la campagne a de plus solide. Les bénéfices du mouvement sur la santé mentale comptent parmi les mieux établis, et l’effet du sport sur l’humeur fait l’objet d’une littérature abondante. Toute quantité d’activité vaut mieux qu’aucune, résume l’OMS, message plus utile qu’un objectif chiffré qui décourage avant d’avoir commencé.
Le vrai test commencera le 1er octobre
Un chiffre mérite qu’on s’y arrête : 8,6 % des hommes et 9,9 % des femmes cumulent activité insuffisante et sédentarité élevée. Près d’un adulte sur dix est doublement exposé, et c’est ce public que les villages sport-santé touchent le moins, puisqu’il faut déjà être disponible et un peu convaincu pour s’y rendre. Les campagnes atteignent d’abord ceux qui bougent déjà.
Les épidémiologistes de Santé publique France plaident pour une approche plus systémique : marchabilité des quartiers, pistes cyclables, design actif, densité de parcs et de transports, autant de leviers qui agissent sur toute la population sans rien lui demander. Un environnement favorable à la marche réduit les inégalités et profite davantage aux femmes, que le Baromètre situe près de quatorze points derrière les hommes. Septembre Bouge se jugera à ce qu’il laisse en octobre, quand la tournée aura replié ses stands et que restera la seule question qui vaille : peut-on bouger là où l’on vit ? Une reprise après une longue interruption, ou en présence d’une pathologie, reste un sujet à évoquer avec un médecin.

