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Prendre l’ascenseur ou grimper les marches : le choix se présente des dizaines de fois par semaine, au bureau, dans le métro ou en rentrant chez soi. La plupart du temps, la main se tend vers le bouton d’appel sans réfléchir. Une vaste analyse conduite au Royaume-Uni vient pourtant rappeler que ce réflexe anodin compte pour la santé du cœur.
Monter un escalier, c’est un effort bref mais intense : le corps soulève son propre poids marche après marche, ce qui sollicite le cœur, les poumons et les grands muscles des jambes en quelques secondes. Cette activité relève de ce que les chercheurs appellent l’exercice du quotidien, glissé dans les gestes ordinaires plutôt que programmé à la salle de sport. Longtemps jugée accessoire, elle intéresse aujourd’hui la recherche cardiovasculaire.
Les maladies du cœur et des vaisseaux restent la première cause de mortalité dans le monde, et le manque d’activité physique compte parmi leurs grands facteurs de risque. D’où une question simple : choisir l’escalier change-t-il vraiment quelque chose à l’espérance de vie ?
Ce que montre une analyse portant sur 480 000 personnes
L’équipe de l’University of East Anglia et du Norfolk and Norwich University Hospital a passé en revue près de 1 900 études avant d’en retenir neuf jugées solides, selon le communiqué de l’université. Ces travaux réunissaient au total plus de 480 000 participants, suivis pendant une durée médiane de 14 ans, âgés de 35 à 84 ans et comptant 53 % de femmes.
Le résultat central tient en deux chiffres. Les personnes qui montaient régulièrement les escaliers présentaient un risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire inférieur de 39 % à celui des autres, et un risque de décès toutes causes confondues réduit de 24 %.
Ces bénéfices ne se limitaient pas à la mortalité. Les grimpeurs réguliers développaient moins souvent des accidents cardiovasculaires majeurs, infarctus, accident vasculaire cérébral et insuffisance cardiaque. Le travail, une revue systématique avec méta-analyse, a été publié dans l’American Journal of Cardiovascular Drugs.
Pourquoi grimper des marches parle autant au cœur
Gravir des marches impose au système cardiorespiratoire un effort court mais soutenu, proche de l’activité d’intensité modérée à élevée. Des recherches antérieures, citées par les auteurs, indiquent que quelques minutes d’escalier plusieurs fois par semaine suffisent à améliorer la condition physique et à faire baisser le taux de cholestérol.
Cet effort fractionné agit sur plusieurs leviers connus du risque cardiovasculaire : la tension artérielle, la glycémie, la gestion du poids et la capacité du cœur à s’adapter à l’effort. L’intérêt de l’escalier tient surtout à sa répétition : de petites doses accumulées jour après jour finissent par peser dans la balance, là où une séance isolée s’oublie vite.
Les effets mesurés au-delà de la seule mortalité
La mise en commun des données des différentes cohortes fait apparaître un faisceau de bénéfices convergents. Monter les escaliers de façon régulière était associé à plusieurs marqueurs de meilleure santé cardiovasculaire, et pas seulement à un allongement de la vie :
- un risque de décès d’origine cardiovasculaire réduit de 39 % ;
- un risque de décès toutes causes confondues abaissé de 24 % ;
- une fréquence moindre d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux et d’insuffisance cardiaque ;
- une meilleure condition cardiorespiratoire et un cholestérol plus bas, observés dès quelques minutes d’effort hebdomadaire.
Une cohorte incluse dans l’analyse suggère qu’environ six étages par jour offriraient le bénéfice le plus net, sans que ce seuil soit gravé dans le marbre. Les auteurs appellent d’ailleurs à préciser cette dose idéale, qui reste pour l’instant une estimation.
Combien de marches pour en tirer un bénéfice
Le message des chercheurs se veut rassurant pour celles et ceux qui manquent de temps ou d’accès à une salle. Contrairement à une séance de sport planifiée, l’escalier s’intègre sans organisation dans une journée, à la maison, au travail ou dans les transports.
Si vous avez le choix entre l’escalier et l’ascenseur, prenez l’escalier : cela aidera votre cœur.
Sophie Paddock, école de médecine de Norwich (University of East Anglia) et spécialiste en cardiologie au Norfolk and Norwich University Hospital, communiqué du 14 août 2026
Cette accessibilité n’exclut pas la progressivité. Les spécialistes rappellent que même de brèves salves d’activité produisent des effets mesurables, et qu’un objectif modeste, comme quelques étages ajoutés chaque jour, tient mieux dans la durée qu’une résolution ambitieuse vite abandonnée.
Cette logique du petit pas rejoint d’autres travaux récents sur le mouvement du quotidien, de l’objectif des 10 000 pas à une méthode d’intervalles venue du Japon. L’escalier a pour lui d’être disponible partout et sans matériel, sans équipement ni trajet à prévoir.
Un geste simple qui ne convient pas à tout le monde
Les auteurs prennent soin de nuancer leur enthousiasme. Monter les escaliers ne convient pas à toutes les situations, notamment en cas de limitations de mobilité ou de troubles articulaires, pour lesquels un effort répété sur les genoux ou les hanches peut être déconseillé.
Avant de transformer chaque montée en exercice, il reste pertinent d’en parler à un professionnel de santé lorsqu’existe une pathologie cardiaque, respiratoire ou articulaire. La question de l’usure des articulations mérite d’être posée au cas par cas, tout comme celle des longues heures passées assis qui fragilisent l’organisme en amont. L’étude appelle enfin à mieux mesurer l’activité réelle grâce aux objets connectés et capteurs de mouvement.
Remettre le mouvement dans les gestes ordinaires
Plus d’un quart des adultes dans le monde n’atteignent pas les niveaux d’activité physique recommandés, alors que les maladies cardiovasculaires ont vu leur nombre de cas presque doubler entre 1990 et 2019. Dans ce contexte, l’escalier apparaît comme une piste concrète, applicable à grande échelle.
Encourager son usage dans les bureaux, les bâtiments publics et les logements dessine une forme de prévention discrète, qui ne réclame ni budget ni matériel. Il n’est pas certain que nos habitudes, façonnées par le confort de l’ascenseur, laissent une vraie place à ces quelques marches dont le cœur, lui, semble tirer profit.
