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- Une méta-analyse de 69 essais passe les compléments au crible
- Ce que révèlent les chiffres, supplément par supplément
- Pourquoi une petite baisse du risque ne suffit pas
- Les cas où la supplémentation garde sa place
- L’exercice d’équilibre, la piste la mieux étayée
- Un enjeu de santé publique qui dépasse le pilulier
Un comprimé de calcium le matin, quelques gouttes de vitamine D en hiver : pour beaucoup de personnes de plus de 65 ans, le geste est devenu aussi naturel que le café du petit déjeuner. L’idée paraît imparable, puisque le calcium bâtit l’os et que la vitamine D l’aide à se fixer. Presque un tiers des plus de 65 ans chutent chaque année, selon le groupe de presse médicale BMJ, et chaque chute peut se solder par une fracture du poignet, du bassin ou de la hanche.
Ces compléments sont des nutriments vendus sans ordonnance, pris pour renforcer le squelette et, espère-t-on, éviter la casse. Leur prescription a pourtant nettement augmenté ces dernières années, alors que plusieurs synthèses successives peinaient déjà à leur trouver un effet protecteur net sur les fractures. Une vaste méta-analyse publiée dans The BMJ vient de reposer la question sans détour. Alors, calcium et vitamine D protègent-ils vraiment vos os après 65 ans ?
Une méta-analyse de 69 essais passe les compléments au crible
L’équipe canadienne d’Olivier Massé, pharmacien à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, a rassemblé 69 essais randomisés portant sur 153 902 adultes. Chaque essai comparait du calcium, de la vitamine D ou les deux associés à un placebo ou à l’absence de traitement, avec deux critères jugés : les fractures et les chutes.
La méthode compte autant que le résultat. Les chercheurs ont fixé à l’avance ce qu’ils considéraient comme un bénéfice cliniquement significatif : au moins 2 % de fractures en moins, 0,7 % pour la hanche et 3 % pour les chutes, en différence absolue. Un effet plus petit pouvait exister sur le papier sans changer grand-chose pour un patient.
Ils ont aussi évalué la qualité de chaque essai et la certitude des preuves avec des outils standardisés. Leur verdict, relayé par ScienceDaily le 20 septembre, tient en une phrase peu flatteuse pour le rayon parapharmacie, et il mérite d’être regardé de près.
Ce que révèlent les chiffres, supplément par supplément
Pour le critère principal, le risque de subir une fracture quelle qu’elle soit, les trois options ont été analysées séparément. Aucune n’atteint le seuil de bénéfice fixé par les auteurs, comme le résume ce tableau.
| Supplément | Essais retenus | Participants | Certitude des preuves | Effet sur les fractures |
|---|---|---|---|---|
| Calcium seul | 11 | 9 067 | Modérée | Faible ou nul |
| Vitamine D seule | 36 | 92 045 | Élevée | Faible ou nul |
| Calcium et vitamine D | 15 | 51 126 | Élevée | Faible ou nul |
Le point le plus frappant tient à la solidité du constat : sur la vitamine D, plus de 92 000 participants et une certitude élevée laissent peu de place au doute. Le même schéma se retrouve pour les fractures de hanche et pour les chutes, et il résiste quand on tient compte de l’âge, du sexe, des fractures passées ou du calcium apporté par l’alimentation. Reste à comprendre pourquoi l’association des deux, qui semblait prometteuse, ne franchit pas la barre.
Pourquoi une petite baisse du risque ne suffit pas
Sur un suivi moyen de 2,3 ans, le duo calcium et vitamine D est bien associé à un risque de fracture un peu plus bas, avec un risque relatif de 0,91 d’après le site médical Healio. Les fractures de hanche reculent de 16 % en relatif et les chutes de 8 %, mais aucune de ces baisses n’atteint le seuil de pertinence clinique fixé au départ.
Tout se joue dans la différence entre relatif et absolu. Un pourcentage relatif flatteur appliqué à un événement peu fréquent sur deux ou trois ans ne représente qu’un faible nombre de fractures évitées au regard du nombre de comprimés avalés. C’est pourquoi les auteurs concluent que ces données ne justifient pas une supplémentation de routine, et invitent les autorités sanitaires à revoir leurs recommandations générales. Cela ne vaut pas pour tout le monde.
Les cas où la supplémentation garde sa place
Les chercheurs le soulignent eux-mêmes : leurs conclusions concernent la majorité des personnes âgées, pas les profils à risque particulier, pour lesquels les données restent minces. Plusieurs situations appellent donc un avis médical plutôt qu’un arrêt spontané :
- une carence en vitamine D confirmée par une prise de sang ;
- une ostéoporose traitée par médicament, dont le protocole inclut souvent ces apports ;
- des fractures déjà survenues après une chute banale ;
- une vie en établissement pour personnes âgées dépendantes, avec peu d’exposition au soleil.
Si vous prenez l’un de ces compléments sur prescription, en parler à votre médecin avant d’arrêter reste la démarche la plus sûre. Pour les autres, mieux connaître les vrais besoins en vitamine D permet de distinguer un déficit réel d’une précaution de principe. Et si la gélule déçoit, une autre piste accumule les preuves depuis des années.
L’exercice d’équilibre, la piste la mieux étayée
Dans l’éditorial qui accompagne l’étude, la médecin montréalaise Guylène Thériault et ses coauteurs plaident pour déplacer l’effort et les financements vers ce qui fonctionne : l’entraînement de l’équilibre et le renforcement musculaire, éventuellement associés à un repérage des dangers au domicile.
Il existe de bonnes preuves que l’exercice centré sur l’équilibre et la force, et pas seulement la marche, ou les interventions associant cet exercice à l’évaluation des dangers du domicile ou à l’éducation, offrent une réduction notable du risque.
Guylène Thériault, médecin, chargée d’enseignement clinique à l’Université de Montréal et coautrice de l’éditorial du BMJ, propos recueillis par Healio, 2 juin 2026
Les chiffres lui donnent raison. La revue Cochrane de 2019, qui réunit 108 essais et 23 407 participants vivant à domicile, montre que l’exercice réduit le nombre de chutes de 23 % avec une certitude élevée. Les programmes centrés sur l’équilibre et les gestes du quotidien font baisser les chutes de 24 %, ceux qui y ajoutent du renforcement de 34 %, et le tai-chi de 19 %.
Côté fractures, les données sont moins solides mais encourageantes, avec 27 % de personnes fracturées en moins dans les groupes actifs. L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs aux plus de 65 ans des exercices d’équilibre et de force au moins trois jours par semaine, à intensité modérée. Des mouvements simples comme se lever d’une chaise sans les mains ou tenir sur un pied en se brossant les dents entrent dans cette logique.
Ces gestes travaillent précisément ce qui s’érode avec les années, puisque le corps troque l’efficacité contre la stabilité à mesure que la cheville se raidit. Préserver sa force musculaire avec l’âge devient alors une protection concrète, détaillée dans l’article consacré à la force, un capital santé. Reste à rendre ces programmes accessibles à ceux qui en ont besoin.
Un enjeu de santé publique qui dépasse le pilulier
En France, selon Santé publique France citée par Que Choisir, 20 148 personnes de 65 ans et plus sont mortes après une chute en 2024, et 174 824 ont été hospitalisées, contre 136 418 en 2020. Le plan antichute lancé en 2022 visait pourtant 20 % de chutes graves en moins, et la Cour des comptes chiffrait dès 2021 leur coût à deux milliards d’euros par an.
Le paradoxe est saisissant : un complément vendu en pharmacie reste un réflexe facile, alors que l’activité physique adaptée n’est généralement pas remboursée par l’Assurance maladie. La méta-analyse du BMJ ne dit pas que le calcium ou la vitamine D sont inutiles au corps, elle dit que la prévention des fractures se joue ailleurs, dans les jambes, l’équilibre et l’aménagement du quotidien. La question qui se pose désormais aux pouvoirs publics comme aux familles est celle des moyens que l’on accepte de mettre dans ces solutions moins spectaculaires qu’une gélule.

