Vaccin contre la grippe : protège-t-il vraiment ? Ce que disent les études

La campagne de vaccination contre la grippe s'ouvre le 13 octobre, entre promesses officielles et doutes tenaces. Essais cliniques et données de l'hiver dernier permettent de mesurer ce que l'injection apporte vraiment, et à qui.

Une pharmacienne gantée vaccine au haut du bras une femme âgée souriante, une boîte de VaxigripTetra sur le comptoir

La campagne de vaccination contre la grippe 2026-2027 se déroule du 13 octobre au 31 janvier, avec une prise en charge intégrale pour les publics à risque.

Chaque automne, la même hésitation revient au moment de recevoir le bon de prise en charge : à quoi bon se faire vacciner contre la grippe si l’injection n’empêche pas toujours de tomber malade ? La campagne 2026-2027 s’ouvre le 13 octobre et court jusqu’au 31 janvier, avec une prise en charge à 100 % pour les publics ciblés. Le vaccin antigrippal n’a pourtant rien de mystérieux : c’est un vaccin inactivé, reformulé chaque année, qui apprend au système immunitaire à reconnaître les souches de virus les plus susceptibles de circuler pendant l’hiver.

Entre les promesses des campagnes officielles et les doutes partagés en ligne, le débat tourne souvent au dialogue de sourds. Les essais cliniques et les études menées saison après saison permettent pourtant de chiffrer ce que l’injection apporte réellement, et à qui. Alors, ce vaccin protège-t-il vraiment, ou son efficacité est-elle surestimée ?

L’hiver 2025-2026, une saison grippale particulièrement lourde

Le bilan publié par Santé publique France le 8 octobre 2026 rappelle que la grippe n’a rien d’un simple gros rhume. Pendant la saison 2025-2026, les urgences ont enregistré près de 115 000 passages pour syndrome grippal, dont environ 20 % se sont soldés par une hospitalisation. Dans les établissements médico-sociaux, environ 1 600 épisodes de cas groupés ont été attribués au virus.

Le chiffre le plus marquant reste celui de la mortalité : 12 140 décès en excès toutes causes confondues ont été recensés pendant la période épidémique, ce qui fait de cet hiver l’une des saisons les plus intenses depuis 2011. Les personnes âgées, les malades chroniques, les personnes immunodéprimées, les femmes enceintes et les nourrissons concentrent l’essentiel des complications. Face à un tel bilan, encore faut-il savoir ce que le vaccin est réellement capable d’éviter.

Quelle est l’efficacité réelle du vaccin contre la grippe ?

La réponse courte tient en une formule : le vaccin réduit nettement le risque, sans jamais l’annuler, avec de fortes variations selon les années et les publics. Le tableau ci-dessous rassemble les principales estimations issues de la littérature scientifique.

PopulationSourceCe qui est mesuréRésultat
Adultes de 16 à 65 ans en bonne santéRevue Cochrane, 2018, plus de 71 000 participantsGrippe confirmée sur une saison2,3 % de malades sans vaccin, 0,9 % avec
Tous âgesNeuf études européennes, Eurosurveillance, février 2026Grippe A, hiver 2025-2026Efficacité de 25 à 45 %
EnfantsMême analyse européenneGrippe A, hiver 2025-2026Efficacité de 47 à 72 %
Femmes enceintes et nourrissonsRevue Cochrane, 2018Grippe chez la mère et chez le bébé jusqu’à 24 semainesEfficacité de 50 % et 49 %

Lu en valeur absolue, le résultat de la revue Cochrane paraît plus modeste : il faut vacciner 71 adultes en bonne santé pour éviter un seul cas de grippe confirmée. Le niveau de preuve est jugé modéré pour ce critère, mais faible pour les hospitalisations, rares dans cette population et pour lesquelles aucun effet net n’a pu être démontré. Le vaccin n’a donc rien d’un bouclier absolu, et ses bénéfices se mesurent avant tout chez ceux pour qui la grippe tourne mal.

Pourquoi l’efficacité change-t-elle d’une saison à l’autre ?

Le virus de la grippe mute en permanence, et c’est là que se joue l’essentiel. La composition du vaccin est arrêtée des mois avant l’hiver, sur la base des recommandations que l’Organisation mondiale de la santé publie chaque mois de février pour l’hémisphère Nord. Lorsque la souche qui circule s’éloigne de celle du vaccin, la protection baisse mécaniquement.

L’hiver dernier en a fourni une illustration nette. La saison a été dominée par la sous-clade K du virus A(H3N2), une variante qui avait dérivé par rapport à la souche vaccinale. D’après l’analyse de neuf études européennes publiée dans Eurosurveillance, l’efficacité contre la grippe A est tombée entre 25 et 45 % tous âges confondus, tout en restant nettement supérieure chez les enfants. Les auteurs n’en concluent pas moins que la vaccination doit être encouragée, en complément des autres mesures de prévention.

L’âge pèse aussi sur la réponse. Avec le vieillissement, le système immunitaire produit moins d’anticorps après l’injection, ce qui explique pourquoi des vaccins renforcés comme Efluelda et Fluad sont désormais préférés après 65 ans. Le directeur général de la Santé a résumé ainsi l’enjeu de la saison qui démarre.

La prévention des infections respiratoires se prépare avant les premières vagues épidémiques. Nous disposons de plusieurs moyens de réduire les formes graves : la vaccination lorsqu’elle est recommandée, la protection des nourrissons contre le VRS et les gestes barrières.

Dr Grégory Emery, directeur général de la Santé, communiqué de presse de Santé publique France, 8 octobre 2026

Ces nuances entre saisons et entre âges alimentent pourtant plusieurs idées reçues tenaces sur le vaccin, qu’il est possible de confronter aux données disponibles.

Les idées reçues sur le vaccin antigrippal à l’épreuve des faits

Certaines croyances reviennent chaque automne, avec un niveau de preuve très inégal d’une affirmation à l’autre. Voici ce qu’en disent les études.

  • Le vaccin donnerait la grippe : faux. Les vaccins injectables utilisés pendant la campagne sont inactivés et ne contiennent aucun virus capable de se multiplier. Une petite fièvre peut survenir, mais la revue Cochrane ne la relève que chez 2,3 % des vaccinés, contre 1,5 % sous placebo ;
  • Il ne servirait à rien puisqu’on peut tomber malade quand même : faux. Une protection partielle reste une protection, et face à une épidémie qui envoie près de 115 000 personnes aux urgences, chaque point d’efficacité se traduit en malades évités ;
  • Être jeune et en bonne santé suffirait à s’en passer : en partie vrai. Chez l’adulte sans facteur de risque, le bénéfice individuel est réel mais limité, avec 71 vaccinations nécessaires pour éviter un cas ;
  • Une fois vacciné, les gestes barrières deviendraient inutiles : faux. Santé publique France rappelle que le lavage des mains, l’aération et le masque en cas de symptômes restent recommandés, la vaccination ne garantissant pas une protection complète.

Le constat d’ensemble est donc nuancé : le vaccin est documenté et bien toléré, mais d’une efficacité modeste et variable. Sa valeur dépend largement de la personne qui le reçoit.

Qui a vraiment intérêt à se faire vacciner ?

La vaccination est recommandée aux personnes de 65 ans et plus, aux femmes enceintes, aux malades chroniques et immunodéprimés, aux soignants et à l’entourage des personnes fragiles. Pour ces publics, le vaccin est intégralement remboursé par l’Assurance maladie, et les médecins, sages-femmes, infirmiers et centres de santé peuvent le stocker et l’administrer. Les enfants de 2 à 17 ans sans maladie chronique sont, eux, remboursés à 65 %.

Sur le terrain, la couverture reste loin de l’objectif. Selon Santé publique France, 57 % des 65 ans et plus sont vaccinés, en hausse de 3 points, alors que la cible fixée par les autorités sanitaires et l’OMS est de 75 %. Chez les professionnels des Ehpad, la proportion plafonne à 25 %, un niveau qui a nourri l’obligation vaccinale envisagée pour les soignants.

Pour les plus âgés, le produit compte aussi : le choix entre dose standard et dose renforcée se discute avec un professionnel, tout comme la stratégie vaccinale contre le pneumocoque, actualisée en 2026. En cas de doute sur votre situation, votre médecin, votre pharmacien ou votre sage-femme reste le mieux placé pour évaluer l’intérêt de l’injection.

Un geste individuel aux effets collectifs

Un vaccin efficace à 40 ou 50 % peut sembler décevant à l’échelle d’une seule personne. Rapporté aux 12 140 décès en excès de l’hiver dernier, il prend une tout autre dimension, car chaque infection évitée est aussi une transmission évitée vers les plus fragiles, résidents d’Ehpad et nourrissons de moins de 6 mois en tête.

La science ne tranche pas ici entre un produit miracle et un placebo : elle décrit un outil imparfait dont la valeur dépend de la saison, de l’âge et de l’entourage. Avec une campagne qui s’achève le 31 janvier et une épidémie dont la date d’arrivée ne se prévoit jamais vraiment, le moment de la décision compte presque autant que la décision elle-même.

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