Thé et cœur : combien de tasses par jour, et comment le boire pour en profiter ?

Une vaste cohorte chinoise associe le thé régulier à un risque vasculaire plus faible. Nombre de tasses, type de thé, force de l'infusion, température : les réglages qui comptent vraiment, et ceux que les chiffres ne permettent pas de trancher.

Femme aux cheveux gris tenant une tasse de thé près d'une fenêtre, théière en verre et minuteur sur une table en bois

Dans la grande cohorte chinoise publiée en octobre 2026, le thé bu brûlant était associé à un risque vasculaire plus élevé.

Une tasse au réveil, une autre à la pause, une dernière en fin d’après-midi : le thé rythme les journées de millions de buveurs, et beaucoup lui prêtent des vertus pour le cœur. Le thé désigne l’infusion des feuilles d’une seule plante, Camellia sinensis, qu’elle soit noire, verte ou oolong, la couleur dépendant surtout de l’oxydation des feuilles après la cueillette. Les tisanes de verveine ou de camomille n’en font donc pas partie.

Le 21 octobre 2026, une vaste étude chinoise publiée dans le Journal of Internal Medicine a relancé la question en associant la consommation régulière de thé à un risque de maladies vasculaires plus faible de 11 %. Elle livre aussi des détails rarement étudiés : nombre de tasses, type de thé, force de l’infusion et même température de la boisson. De quoi transformer une habitude en routine réfléchie, à condition de savoir lire ces chiffres. Alors, combien de tasses boire, quel thé choisir et comment le préparer pour que votre cœur y trouve son compte ?

Le thé protège-t-il vraiment le cœur ?

Le thé est associé à un cœur en meilleure santé, sans preuve qu’il le protège directement. Chez 485 934 adultes chinois suivis environ neuf ans, les buveurs réguliers avaient 11 % de risque en moins de maladie cardiovasculaire, cérébrovasculaire, cardiaque pulmonaire ou artérielle périphérique. Il s’agit d’une association observée, pas d’un effet démontré.

L’équipe de Zichen Ye et Liming Li a recensé 14 863 cas de maladies vasculaires pendant la période de suivi, dont la durée médiane atteint 9,05 ans. Selon l’étude publiée dans le Journal of Internal Medicine, le risque le plus bas se retrouvait chez ceux qui cumulaient thé régulier, absence de tabac et activité physique élevée. Ce trio dit déjà beaucoup : le thé s’inscrit dans un mode de vie, il ne le remplace pas.

Le niveau de preuve reste celui d’une cohorte d’observation. La consommation de thé n’a été mesurée qu’une seule fois, au début du suivi, et la taille des tasses n’était pas standardisée. Les buveurs de thé différaient par ailleurs des non-buveurs, et le modèle statistique ne tenait pas entièrement compte de l’alimentation ni des revenus. Reste à traduire ces résultats en quantités concrètes.

Combien de tasses de thé par jour viser pour le cœur ?

Inutile de viser un nombre précis de tasses : le seul plafond chiffré est celui de la caféine. Dans la cohorte, le risque le plus bas apparaissait vers 6 à 8 tasses quotidiennes, mais les auteurs refusent d’en faire une recommandation. Ce chiffre décrit une courbe statistique chez des adultes chinois, pas un objectif.

La caféine fixe la vraie limite. D’après le Conseil européen de l’information sur l’alimentation, une tasse de thé de 220 mL contient environ 50 mg de caféine. Six tasses apportent donc 300 mg et huit tasses 400 mg, soit la totalité du plafond quotidien fixé par l’EFSA pour un adulte en bonne santé. Ajoutez un seul café filtre, environ 90 mg, et la journée grimpe à 490 mg.

Pendant la grossesse, le plafond descend à 200 mg, ce qui correspond à quatre tasses de thé, sans aucun café. Les repères de l’EFSA détaillés dans les seuils de caféine à ne pas franchir durablement s’appliquent à toutes les sources confondues, thé compris. Une fois la quantité posée, encore faut-il choisir ce qu’on met dans la théière.

Thé noir ou thé vert : lequel choisir pour le cœur ?

Le thé noir obtient les résultats les plus constants dans l’étude publiée le 21 octobre 2026, devant le thé vert. Les auteurs n’expliquent pas cet écart, et rien ne démontre que les polyphénols du thé noir en soient responsables. Les deux restent compatibles avec une routine favorable au cœur.

Le Dr Charalampos Rallis, de l’université Queen Mary de Londres, invite d’ailleurs à la prudence sur ces comparaisons. Les chercheurs ont multiplié les analyses, et les résultats les plus frappants doivent être considérés comme exploratoires, qu’il s’agisse du thé noir ou du thé très chaud. Votre préférence de goût compte donc davantage que la couleur de la feuille, d’autant que d’autres réglages pèsent dans la tasse.

Les réglages qui comptent dans la tasse

Pour passer de l’étude à la théière, chaque paramètre mérite d’être lu avec le niveau de preuve qui l’accompagne réellement, établi à partir de la cohorte, des avis d’experts et des repères officiels :

RéglageCe que montre l’étudeNiveau de preuveEn pratique
QuantitéRisque le plus bas vers 6 à 8 tasses par jourAssociation, tasses non standardiséesRester sous 400 mg de caféine par jour
TypeThé noir plus constant que le thé vertExploratoireChoisir selon son goût
ForceInfusion modérée associée au risque le plus basAssociationÉviter les infusions très concentrées
TempératureThé brûlant associé à un risque plus élevéExploratoire, aucun seuil établiLaisser tiédir avant de boire

La lecture du tableau est claire : un thé plus fort ne s’accompagnait d’aucun bénéfice supplémentaire dans la cohorte. Inutile donc de laisser infuser le sachet jusqu’à l’amertume, et la question de la température mérite à elle seule un examen plus attentif.

À quelle température boire son thé sans risque ?

Mieux vaut boire son thé sous 65 °C, seuil retenu par le Centre international de recherche sur le cancer. Depuis le 15 juin 2016, le CIRC classe les boissons très chaudes comme probablement cancérogènes pour l’œsophage, en groupe 2A. Quelques minutes d’attente après l’infusion suffisent souvent à quitter la zone brûlante.

La nouvelle étude chinoise va dans le même sens, puisque le thé décrit comme brûlant y était associé à un risque vasculaire plus élevé, sans qu’aucun mécanisme ni seuil précis soit identifié. Le CIRC rappelait en 2016 que le cancer de l’œsophage a causé environ 400 000 décès dans le monde en 2012, soit 5 % des décès par cancer. Un repère simple consiste à attendre de pouvoir boire à gorgées normales, sans souffler ni aspirer.

La routine thé, étape par étape

Ces repères se combinent en une routine simple, que vous pouvez adapter sans dépasser les plafonds de caféine de l’EFSA :

  1. répartir ses tasses sur la journée plutôt que de les enchaîner, en gardant le total sous 400 mg de caféine ;
  2. infuser le thé à force modérée, sans prolonger l’infusion pour le rendre plus corsé ;
  3. laisser tiédir la tasse quelques minutes avant la première gorgée ;
  4. arrêter le thé en fin d’après-midi, une dose de 100 mg pouvant gêner le sommeil près du coucher ;
  5. compter chaque tasse dans le total de caféine du jour, café et sodas compris.

Les personnes enceintes, sujettes aux palpitations ou suivies pour un trouble du rythme cardiaque ont intérêt à en parler à leur médecin avant d’augmenter leur consommation. Pour tous les autres, le thé reste un geste agréable, dont l’effet dépend surtout de ce qui l’entoure.

Une tasse qui ne remplace ni la marche ni l’arrêt du tabac

Le résultat le plus solide de l’étude ne concerne pas la théière. Le risque le plus bas réunissait le thé, l’absence de tabac et une activité physique élevée, et les experts britanniques rappellent que les deux derniers pèsent bien plus lourd. La dose d’activité qui protège vraiment, détaillée dans la dose d’exercice qui soigne, dépasse souvent le minimum affiché.

Aucun aliment ni aucune boisson ne transformera à lui seul notre santé cardiaque, notre alimentation et notre mode de vie dans leur ensemble comptent bien davantage.

Dell Stanford, diététicienne à la British Heart Foundation, réaction publiée par le Science Media Centre le 21 octobre 2026

La tasse de thé trouve ainsi sa juste place, celle d’un rituel qui accompagne une assiette riche en fibres et des journées actives, comme les céréales complètes dont la dose utile pour le cœur a été mesurée. Les essais randomisés manquent encore pour dire si le thé agit lui-même, et la prochaine pause thé peut devenir le moment de regarder ce qui, autour de la tasse, mérite vraiment d’évoluer.

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