Diabète de type 2 : peut-on vraiment entrer en rémission avec le régime et le sport ?

Un essai mené à Leicester, Montréal et Edmonton annonce 54 % de rémission du diabète de type 2 en six mois grâce à un régime très bas en calories et au sport. Reste à savoir ce que vaut ce chiffre une fois les années passées.

Homme faisant des flexions avec haltères dans une salle de rééducation, observé par une éducatrice tenant un bloc-notes

Dans l'essai RESET for Remission, l'exercice supervisé associé à un régime très bas en calories a fait fondre la graisse sans entamer le muscle.

Le diabète de type 2 a longtemps été présenté comme une pente à sens unique : un comprimé, puis deux, puis parfois l’insuline. En France, plus de 3,8 millions de personnes étaient traitées pour un diabète en 2023 selon Santé publique France, soit 5,6 % de la population. L’idée de faire reculer la maladie par l’assiette et le sport circule beaucoup, souvent sous la forme d’une promesse trop belle.

Le mot des chercheurs est précis : on parle de rémission quand l’hémoglobine glyquée, reflet de la glycémie des trois derniers mois, reste sous 6,5 % sans aucun médicament pendant au moins douze semaines. Ce n’est pas une guérison, mais un état qui se maintient ou se perd. Un essai présenté au congrès européen du diabète, à Milan, relance le débat avec un résultat spectaculaire chez des adultes jeunes. La rémission par le mode de vie est-elle un fait établi, ou une parenthèse qui se referme ?

Ce que l’essai RESET for Remission a réellement mesuré

L’étude, publiée dans The Lancet Regional Health Americas, a été menée à Leicester, Montréal et Edmonton. Elle a recruté 96 adultes de 18 à 45 ans, diagnostiqués depuis moins de six ans, tous en situation d’obésité, avec un âge moyen de 38 ans.

Tirés au sort entre un programme intensif et le suivi habituel, les participants ont été suivis 24 semaines. À l’arrivée, 27 des 50 participants du programme étaient en rémission, soit 54 %, contre 2 sur 46 chez les témoins, environ 4 %. Les données manquantes ont été comptées comme des échecs, ce qui évite de flatter le résultat.

Sur la question posée, le niveau de preuve est solide : il s’agit d’un essai randomisé au critère principal évalué en aveugle. Sa portée reste limitée par sa taille et sa durée de six mois, et c’est le contenu du programme qui explique l’essentiel de l’effet.

Un protocole exigeant, étape par étape

Le programme testé n’a rien d’un simple conseil de manger mieux : il combine une restriction calorique sévère et un entraînement supervisé, encadrés par des diététiciens et des physiologistes de l’exercice. Son déroulé :

  1. semaines 1 et 2 : uniquement des substituts de repas, autour de 800 à 900 kcal par jour ;
  2. semaines 3 à 12 : apport maintenu à 800-900 kcal par jour, avec arrêt des médicaments contre le diabète sous surveillance médicale ;
  3. pendant les 12 premières semaines : deux séances supervisées d’une heure par semaine, mêlant endurance et renforcement, plus une séance en autonomie ;
  4. semaines 13 à 24 : alimentation de stabilisation du poids et exercice en autonomie.

L’adhésion a été élevée, avec en médiane 17 des 20 séances d’exercice supervisées suivies. Les effets indésirables ont été fréquents, 43 participants sur 50 en signalant au moins un, surtout constipation, maux de tête, vertiges et fatigue, sans événement grave. Ce régime reste un protocole médical, et l’intérêt de l’exercice se lit surtout dans ce que devient le corps.

Perdre de la graisse sans sacrifier le muscle

Le poids moyen du groupe intervention est passé de 100,7 à 92,3 kg en six mois, contre 1,2 kg de baisse chez les témoins. Après ajustement, l’écart atteint 7,5 kg, dont 6,6 kg de masse grasse perdue en plus. Selon Healio, la graisse du foie a reculé de 9,1 % de plus que chez les témoins et la force de préhension a progressé de 7,6 %.

La masse musculaire est restée stable, ce qui distingue ce résultat des régimes restrictifs où l’on perd autant de muscle que de gras. C’est aussi le critère qui juge désormais une méthode d’amaigrissement, bien plus que la balance. Thomas Yates, l’un des responsables de l’essai, l’a résumé devant la presse.

Associer un régime pauvre en énergie à l’exercice a permis de préserver la masse musculaire pendant la perte de poids dans le diabète de type 2 précoce, avec des taux de rémission substantiels.

Thomas Yates, professeur d’activité physique et de santé à l’université de Leicester, lors d’une conférence de presse au congrès de l’EASD à Milan (28 septembre au 2 octobre 2026)

La graisse viscérale a reculé dans des proportions que l’équipe juge comparables à celles des médicaments contre l’obésité, pour une perte de poids plus modeste. Reste à savoir si ces chiffres tiennent face aux études plus longues.

Trois études, trois horizons de temps

RESET n’est pas le premier essai du genre, et le comparer aux travaux antérieurs montre ce que la durée fait au taux de rémission. Le tableau rassemble les chiffres publiés par chaque équipe.

ÉtudeParticipantsMéthodeRémissionRecul
RESET for Remission (2026)96 adultes de 18 à 45 ans800-900 kcal par jour et exercice supervisé54 % contre 4 %6 mois
DiRECT (Royaume-Uni)Essai de référence britanniqueSoupes et boissons de substitution, puis réintroduction46 % à 1 an, 36 % à 2 ans2 ans
Extension DiRECT (2024)85 participants suivis en médecine généraleSuivi au long cours, cure de rattrapage si reprise de poids13 % à 5 ans5 ans
NHS Path to Remission (2024)945 personnes allées au bout du programmeSubstitution totale des repas en conditions réelles32 % à 1 an1 an

La lecture est sans ambiguïté : la rémission obtenue en quelques mois s’érode avec les années. D’après Diabetes UK, seuls 11 des 85 participants suivis à cinq ans restaient en rémission, avec en moyenne 8,9 kg de perte de poids conservée.

Sur le programme anglais, l’étude publiée dans The Lancet Diabetes and Endocrinology montre aussi que seuls 55 % des personnes engagées sont allées au bout. Cet écart entre l’essai et la vie courante oblige à préciser ce que recouvre le mot rémission.

Rémission ne veut pas dire guérison

Le verdict est net : la rémission du diabète de type 2 par une perte de poids importante est documentée par plusieurs essais randomisés. Ce qui est fragile, c’est sa durée, car la glycémie remonte quand les kilos reviennent.

Les bénéfices ne s’effacent pas pour autant. Dans l’extension de DiRECT, l’université de Glasgow rapporte 4,8 hospitalisations pour 100 années-patients dans le groupe intervention, contre 10,2 chez les témoins. Une rémission perdue au bout de trois ans n’est donc pas trois années pour rien.

Une hémoglobine glyquée redevenue normale ne dispense pas pour autant des contrôles réguliers des yeux et des reins. La maladie est mise en sommeil, et ce sommeil dépend d’abord du profil de départ.

Pour qui la piste est-elle réaliste ?

Les meilleurs résultats concernent des personnes au diagnostic récent, moins de six ans dans RESET. Pour entrer dans l’essai, il fallait une hémoglobine glyquée d’au moins 6,5 % sans traitement, ou de 6 % sous traitement. Kaberi Dasgupta, de l’université McGill, a souligné que les bénéfices pourraient différer chez des adultes plus âgés que ces participants de 38 ans en moyenne.

Arrêter seul ses médicaments pour suivre un régime à 800 kcal n’a rien à voir avec l’essai, où l’arrêt des traitements était encadré par une équipe soignante. Le premier pas passe par une discussion avec son médecin traitant ou son diabétologue. Pour situer votre point de départ, vous pouvez aussi mesurer correctement votre tour de taille, un repère simple de la graisse abdominale.

Le vrai défi commence après le sixième mois

RESET apporte une pièce importante : l’exercice associé au régime protège le muscle, et ce muscle préservé pourrait aider à tenir la perte de poids plus longtemps. Les auteurs le reconnaissent, l’hypothèse demande une étude sur plusieurs années.

La question n’est plus de savoir si la rémission est possible, mais comment accompagner les patients bien au-delà de quelques mois. L’Angleterre a fait le choix d’un programme national, où 4 340 personnes s’étaient déjà engagées selon les premiers résultats publiés. Pour les personnes diagnostiquées récemment, les premières années après le diagnostic sont celles où l’effort a le plus de chances de payer, à condition de le penser comme un mode de vie plutôt que comme une cure.

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