Montrer le sommaire Cacher le sommaire
- Ce que le décalage d’une heure fait à votre horloge interne
- Infarctus et accidents de la route : un effet réel, surtout au printemps
- Heure d’été ou heure d’hiver toute l’année : ce qui les distingue
- Ce que l’analyse canadienne apporte au dossier
- Pourquoi l’Europe n’a toujours pas tranché
- Passer le cap du 25 octobre sans y laisser son sommeil
- L’heure que l’on garde compte plus que celle que l’on change
Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 h, les horloges reculeront d’une heure. Avec ce rituel revient une conviction tenace : ce petit saut d’aiguilles dérèglerait notre santé, du sommeil au cœur en passant par le moral.
Le changement d’heure décale l’heure légale par rapport au soleil : la France vit à UTC+2 l’été et à UTC+1 l’hiver, alors que le méridien de Greenwich la traverse. Le 5 octobre, une analyse publiée dans le Canadian Medical Association Journal a relancé le débat, au moment où quatre provinces et territoires canadiens s’apprêtent à rester à l’heure avancée toute l’année. Alors, le changement d’heure abîme-t-il vraiment la santé, et quelle heure faudrait-il garder ?
Ce que le décalage d’une heure fait à votre horloge interne
Votre organisme suit une horloge d’environ 24 heures, logée dans l’hypothalamus, qui règle température, mélatonine, appétit et vigilance. Cette horloge se recale chaque jour grâce à la lumière, surtout celle du matin. Quand l’heure légale bouge d’un coup, elle met quelques jours à suivre.
Le sens du décalage compte. Au printemps, avancer les montres revient à se lever plus tôt par rapport à son horloge, ce qui ampute le sommeil. En automne, le retour à l’heure d’hiver va dans le sens naturel de notre rythme, qui dérive vers le soir : l’adaptation est nettement plus facile en octobre qu’en mars. Le chercheur Ralph Mistlberger décrit ainsi le problème de l’heure avancée.
Vous vous réveillez en réalité à une phase circadienne plus précoce. Votre horloge peut encore dire à votre cerveau et à votre corps que c’est la période de sommeil.
Ralph Mistlberger, professeur de psychologie à l’université Simon Fraser, interrogé par La Presse canadienne le 5 octobre 2026
Ce n’est donc pas tant le jour du changement qui pose question que l’heure gardée ensuite pendant des mois. Un écart chronique entre le soleil et la montre agit comme un léger décalage horaire permanent, mais les effets les mieux mesurés concernent d’abord quelques jours précis.
Infarctus et accidents de la route : un effet réel, surtout au printemps
Aux États-Unis, une analyse de 42 060 hospitalisations dans le Michigan, présentée en 2014 par le cardiologue Amneet Sandhu, a relevé 25 % d’infarctus en plus le lundi suivant le passage à l’heure d’été. Le mardi suivant le retour à l’heure d’hiver, ils reculaient de 21 %.
Un détail change pourtant la lecture : sur la semaine entière, le nombre d’interventions cardiaques restait identique. Le changement d’heure semble avancer des accidents cardiaques qui seraient survenus de toute façon chez des personnes fragiles, plutôt qu’en créer. Côté route, une étude de l’université du Colorado parue en 2020 dans Current Biology a mesuré 6 % d’accidents mortels en plus la semaine suivant le passage à l’heure d’été.
Ces effets aigus sont documentés, mais modestes et brefs. La vraie question se joue sur la durée, avec le choix de l’heure à conserver si le changement disparaissait.
Heure d’été ou heure d’hiver toute l’année : ce qui les distingue
Supprimer le changement oblige à choisir une heure fixe, et les deux options n’ont pas le même effet sur l’horloge biologique, comme le résume cette comparaison.
| Option | Matins d’hiver | Soirées d’été | Effet sur l’horloge |
|---|---|---|---|
| Changement deux fois par an | Plutôt lumineux | Très longues | Deux recalages par an, celui de mars est le plus coûteux |
| Heure d’été permanente | Sombres, soleil levé vers 9 h 40 à Paris fin décembre | Très longues | Décalage chronique vers le soir, sommeil raccourci |
| Heure d’hiver permanente | Plutôt lumineux | Plus courtes d’une heure | Heure la plus proche du soleil, privilégiée par les sociétés de sommeil |
Le paradoxe saute aux yeux. L’heure d’été plébiscitée par les Français est la moins favorable au sommeil : lors de la consultation de l’Assemblée nationale en 2019, 59 % des participants voulaient la garder toute l’année. L’American Academy of Sleep Medicine défend au contraire depuis 2020 l’heure standard permanente, l’équivalent de notre heure d’hiver.
Ce que l’analyse canadienne apporte au dossier
Signée par Raymond Lam, Ralph Mistlberger, Patrick Baylis et Alexandra Choi, de l’université de la Colombie-Britannique et de l’université Simon Fraser, l’analyse croise biologie circadienne, épidémiologie et économie. Selon les auteurs, les bénéfices sanitaires de l’heure d’été permanente sont inférieurs d’un tiers à ceux de l’heure standard permanente, avec un écart plus marqué au nord.
Un coucher de soleil plus tardif réduit le sommeil de près d’une heure par semaine, et les travailleurs du côté tardif d’un fuseau gagnent environ 3,5 % de moins, signe indirect d’une fatigue accumulée. La dépression saisonnière, qui touche 1 à 3 % des Canadiens et 15 % sous une forme atténuée, pourrait elle aussi souffrir de matinées plus sombres.
Le niveau de preuve doit être dit clairement. Il s’agit d’une analyse narrative fondée sur des études d’observation, des comparaisons géographiques et des modélisations, sans essai randomisé possible à l’échelle d’un pays. Le faisceau d’indices est cohérent et convergent, mais chaque chiffre isolé reste une association, pas une preuve de causalité.
Pourquoi l’Europe n’a toujours pas tranché
Réintroduit en France en 1975, après le choc pétrolier, le changement d’heure devait économiser de l’éclairage. Le gain énergétique est devenu marginal : environ 400 GWh par an selon l’Ademe, soit 0,09 % de la consommation électrique française d’après EDF.
En 2018, près de 84 % des 4,6 millions de répondants à une consultation européenne réclamaient sa fin, et le Parlement européen a voté sa suppression en mars 2019 par 410 voix contre 192. Le dossier reste bloqué faute d’accord entre États membres, si bien que le passage du 25 octobre aura lieu, et qu’il se prépare.
Passer le cap du 25 octobre sans y laisser son sommeil
Le retour à l’heure d’hiver reste le plus doux des deux, mais quelques ajustements suffisent à lisser la transition, notamment chez les enfants, les seniors et les dormeurs fragiles.
- Retarder coucher et lever de 15 minutes par jour à partir du mercredi 21 octobre ;
- Caler les repas sur la nouvelle heure dès le dimanche ;
- Sortir à la lumière du jour en fin d’après-midi les premiers jours, pour aider l’horloge à glisser vers le soir ;
- Limiter les siestes à 20 minutes la semaine suivante ;
- Garder la même heure de lever le week-end.
La plupart des gens retrouvent leur rythme en quelques jours, mais une fatigue qui persiste au-delà de deux semaines mérite d’en parler à son médecin. Ces gestes rappellent surtout le poids de la lumière du matin et de la régularité des horaires de sommeil.
L’heure que l’on garde compte plus que celle que l’on change
Le véritable enjeu ne tient pas à la nuit du 25 octobre, mais aux cinq mois qui suivent. Une montre en avance sur le soleil décale tout un pays vers le soir, avec des matins sombres pour les écoliers et des nuits écourtées pour des adolescents déjà en manque de repos, comme le montrent les travaux sur le sommeil des ados et la réussite scolaire.
Le jour où l’Europe rouvrira le dossier, le choix se présentera comme une affaire de soirées en terrasse. La chronobiologie invite à le poser autrement : quelle heure laisse à chacun la lumière matinale dont son horloge a besoin ? D’ici là, la clarté du matin et la constance des couchers pèsent bien plus sur votre forme que les 60 minutes du cadran.