Boissons light : font-elles vraiment grossir ? Ce que montre un essai de deux ans

Les boissons light sont accusées de dérégler l'appétit et de faire grossir. Un essai britannique de deux ans sur 493 adultes les a mises face à l'eau, avec un résultat qui bouscule les idées reçues sans clore le débat.

Verre d'eau et canette de Coca-Cola Zero Sugar sur une table en bois, une femme tenant un mètre ruban en arrière-plan

Sur deux ans, l'essai SWITCH n'a relevé aucune différence de poids significative entre les buveurs de boissons light et ceux qui s'en tenaient à l'eau.

Un soda zéro sucre posé à côté d’un verre d’eau, et toujours la même question : lequel aide vraiment à garder la ligne ? Les boissons dites light remplacent le sucre par des édulcorants intenses comme l’aspartame, l’acésulfame K ou le sucralose, qui sucrent des centaines de fois plus que le saccharose pour quasiment zéro calorie. Sur le papier, le calcul semble imparable.

Une idée tenace circule pourtant : ces boissons tromperaient le cerveau, réveilleraient l’envie de sucre et finiraient par faire grossir. Un essai britannique publié le 29 septembre 2026 dans le British Journal of Nutrition, mené sur deux ans, a testé cette hypothèse de front. Alors, les boissons light font-elles grossir, ou s’agit-il d’une croyance qui ne résiste pas à l’épreuve des faits ?

Deux ans à comparer boissons light et eau

Baptisé SWITCH, l’essai a été conduit par l’Université de Liverpool auprès de 493 adultes en surpoids ou en obésité, âgés de 18 à 65 ans et dont l’indice de masse corporelle se situait entre 27 et 35. Les participants ont été tirés au sort entre deux groupes : l’un devait boire de l’eau, l’autre au moins deux canettes de 330 ml par jour de boissons sucrées à l’aspartame, à l’acésulfame K ou au sucralose, dans les limites de sécurité fixées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments.

Tous ont suivi le même programme de perte de poids, découpé en trois temps. Des séances collectives hebdomadaires ont encadré les 12 premières semaines. Suivaient 40 semaines de maintien avec un rendez-vous mensuel, puis une dernière année entière sans aucun suivi, la plus proche de la vie réelle.

Ce type d’essai randomisé contrôlé est considéré comme le plus solide pour établir un lien de cause à effet. Sa durée de 104 semaines le distingue de la plupart des travaux sur les édulcorants, qui dépassent rarement quelques mois. Les résultats risquent de surprendre ceux qui voient dans le soda light un piège.

Des kilos perdus dans les deux groupes

Au terme des deux ans, les chercheurs ont mesuré le poids, la silhouette et plusieurs marqueurs de santé chez les 220 participants allés jusqu’au bout. Voici ce qui ressort chez ces volontaires :

  • une perte moyenne de 4,8 kg dans le groupe boissons light, contre 3,7 kg dans le groupe eau, un écart jugé non significatif ;
  • un tour de taille, un tour de hanches et une masse grasse en baisse dans les deux groupes, sans différence entre eux ;
  • une consommation de sucre en recul des deux côtés, un peu plus marqué chez les buveurs de boissons light ;
  • des variations de tension artérielle, de cholestérol et d’hémoglobine glyquée trop faibles pour avoir une portée clinique.

L’essentiel de la perte de poids s’est joué pendant les trois premiers mois, avec un point bas autour de la 52e semaine, puis une reprise progressive de quelques kilos durant l’année sans accompagnement. Ce schéma, classique dans les programmes d’amaigrissement, a touché les deux groupes de la même manière.

L’appétit déréglé, un soupçon qui ne se confirme pas

L’argument le plus répandu contre les boissons light tient à l’appétit : le goût sucré, privé des calories attendues, pousserait l’organisme à compenser en mangeant davantage par la suite. Si ce mécanisme jouait à plein, le groupe boissons light aurait dû perdre moins de poids que le groupe eau, voire en reprendre plus. Rien de tel n’apparaît après 104 semaines.

Ces derniers résultats montrent que les inquiétudes selon lesquelles les édulcorants dérègleraient l’appétit ou feraient prendre du poids ne sont pas confirmées lorsqu’on les teste dans un essai randomisé rigoureux et de long terme.

Joanne Harrold, professeure à l’Université de Liverpool, communiqué de l’université du 29 septembre 2026

Un détail mérite pourtant l’attention : la sensation de faim déclarée par les participants a légèrement augmenté dans les deux groupes, mais la hausse n’était significative que chez les buveurs de light. Cette faim ressentie ne s’est pas traduite sur la balance, ce qui invite à ne pas refermer trop vite la question.

Un essai solide, mais pas sans angles morts

La principale réserve concerne le financement. L’étude a été financée par l’American Beverage Association, qui représente les fabricants de boissons aux États-Unis. L’équipe affirme avoir gardé la maîtrise complète de l’analyse et de la publication, et le tirage au sort limite les biais, mais ce lien d’intérêt oblige à lire les conclusions avec prudence.

D’autres limites pèsent sur la portée des résultats. Seuls 45 % des participants inscrits ont terminé les deux ans, soit 117 dans le groupe eau et 103 dans le groupe boissons light. L’essai s’est déroulé dans un seul centre, en Angleterre, sans données sur l’origine des volontaires, et la pandémie de Covid-19 a perturbé une partie des mesures. Ces réserves n’annulent pas le résultat, elles invitent à le replacer dans l’ensemble des connaissances.

Pourquoi l’OMS reste réservée sur les édulcorants

Ces résultats ne contredisent pas frontalement l’Organisation mondiale de la santé. En mai 2023, elle a recommandé de ne pas utiliser les édulcorants pour contrôler son poids, en s’appuyant sur une revue d’études qui ne montrait aucun bénéfice durable sur la masse grasse. SWITCH rejoint ce constat sur un point précis : remplacer l’eau par un soda light n’apporte pas de gain mesurable sur la balance.

Le versant inquiétant repose surtout sur des études d’observation. D’après la cohorte française NutriNet-Santé, publiée en 2022 dans PLOS Medicine, les plus gros consommateurs d’édulcorants parmi 102 865 adultes présentaient un risque de cancer supérieur de 13 %. Ce type d’étude repère des associations sans prouver de causalité, d’autant que les personnes en surpoids se tournent plus souvent vers le light. Les travaux sur les effets métaboliques observés chez la souris relèvent, eux, d’un autre niveau de preuve.

L’aspartame illustre ce décalage. En juillet 2023, le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé cancérogène possible, une catégorie qui traduit des preuves encore limitées. Le comité mixte d’experts FAO/OMS a maintenu dans la foulée la dose journalière admissible à 40 mg par kilo de poids corporel, soit l’équivalent de 9 à 14 canettes par jour pour un adulte de 70 kg.

L’eau, une référence que le light ne détrône pas

Sur la question du poids, l’essai SWITCH retire un argument aux détracteurs des boissons light : elles ne font pas grossir et ne sabotent pas un régime, du moins sur deux ans et chez des adultes accompagnés. Il ne leur donne pas pour autant d’avantage sur l’eau, qui fait aussi bien sans additif et qui suffit à couvrir nos véritables besoins en eau au quotidien.

Pour qui boit plusieurs sodas sucrés par jour, le passage au light peut servir de marche intermédiaire, puisqu’une canette classique de 330 ml apporte environ 35 g de sucre. La vraie question se déplace alors vers l’habitude du goût sucré elle-même, que les stratégies pour réduire le sucre ajouté travaillent sur la durée, et qui pèsera sans doute davantage sur la santé à long terme que le choix entre deux canettes.

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